Grigory Sokolov enflamme La Criée

• 26 juillet 2013 •

Extraterrestre

Il venait pour la première fois à Marseille, dans le cadre du Festival de La Roque d’Anthéron… Marseille s’en souviendra ! Les aficionados du pianiste Grigory Sokolov connaissent son rituel, ballet psychotique d’entrées et sorties mécaniques, sa présence abstinente, quasi-absente au public qu’il salue à la dérobée, son attaque du clavier sans délai, son jeu transcendant – il ne joue comme personne – sa générosité en matière de bis… Le 26 Juillet, La Criée fait salle comble ! Au bout de trois heures de concert et… six bis (!!!) le public est debout, n’en revient pas, admiratif, mirettes brillantes… Minuit solaire !
Les méandres beethovéniens de son « Hammerklavier » épousent le profil du « Wanderer » schubertien qui sonne avec une clarté rare. Choisis en début de programme les Impromptus et Klavierstücke de Schubert en constituent l’annonce : lunaires aux mille teintes, tragiques et simples, fluides, puissants ou retenus… Tout un monde qu’on retrouve dans l’op. 106. Et l’on se plait à entendre, aussi, sous les doigts virtuoses, détaillant chaque plan sonore, tout ce que recèle le génie de Beethoven : de Bach bien sûr et ses fugatos pris avec une fougue impressionnante, mais aussi de l’orchestre de Wagner, la percussion moderne du clavier ou le cantabile fluide de Chopin, jusqu’à l’hiératisme de la Seconde Ecole de Vienne…
Les bis sont baroques, les ornements vigoureux, sans maniérisme : Rameau s’y dessine comme nulle part et Brahms, enfin, tire des larmes avec l’évidence d’un rideau soyeux qu’on tire sur le soir…. S’il n’était que pianiste, Sokolov serait le plus grand… Il n’est pas que ça l’artiste : sur sa planète ! On s’y accroche, on le suit… on tente du moins. Faut le voir pour le croire… allez… au moins une fois dans sa vie !

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2013